Curiosa


Curiosa, un film de Lou Jeunet
avec Noémie Merlant, Niels Schneider 

Curiosa est un film particulier en bien des aspects. Il souffre malgré tout du syndrome du premier film : la réalisation est très inégale. La réalisatrice ayant pourtant plusieurs téléfilms à son actif, Curiosa demeure donc techniquement son premier film « de cinéma » : gageons ici que la télévision n’est pas le meilleur endroit pour s’exercer. On remarque donc quelques errances stylistiques, surtout dans les premières minutes du long métrage. Le montage est agressif, les cuts sont injustifiés et la caméra ne parvient pas à se fixer sur un sujet : le tout se révèle même assez désagréable. 

Le véritable point fort du film, en tout cas ce qu’il réussit le mieux à représenter est en fait annoncé dans le titre : les curiosa, littéralement des « publications à caractère érotique » : Lou Jeunet présente donc un amour fusionnel (et adultère) entre deux êtres, autour de séances photo dans une garçonnière. 
Deux aspects de l’étude de cette relation sont donc notables : le film fait d’abord preuve d’une véritable envie de style, ce qui demeure assez rare dans le cinéma français. La bande-son électro d’Arnaud Rebotini vient par exemple souvent souligner les passions des personnages, ce qui se révèle redoutablement efficace dans un film qui se déroule pourtant à la fin du XVIIIème : les scènes sont sublimées et l’effet « clip » est presque toujours évité.   
Ensuite, fidèle au principe de curiosa, la caméra s’affranchit d’une certaine pudeur et vient présenter les corps à travers une mise en scène particulière, qu’on observe en tous cas rarement dans le cinéma mainstream.
Toutefois, le film ne dépasse pas forcément l’intégralité de ce qu’on pourrait appeler « règles de bienséance filmiques » traditionnelles : s’il y a un grand nombre de scènes de nu (pour un film disons mainstream), ces nus demeurent essentiellement féminins et les corps des acteurs semblent presque systématiquement éviter la caméra. 

Enfin, les enjeux relationnels entre les - nombreux - personnages sont malheureusement amenés de façon assez brouillonne et rébarbative. Les personnages tiennent de grands discours difficilement crédibles pour sans cesse expliquer ce qu’ils sont en train de vivre ; certains aspects demeurant paradoxalement confus à cause de la superficialité de l’écriture. 
Le traitement psychique des personnages étant laborieux, il revient en définitive aux acteurs d’en faire quelque chose.  
Noémie Merlant et Niels Schneider parviennent à construire quelque chose mais ne semblent pour cette raison pas jouer dans le même film que Benjamin Lavernhe. On pourrait en un sens le justifier par l’intrigue - son personnage est exclu par leur couple informel - mais cela se révèle en pratique difficile à prendre au sérieux. 

Curiosa n’est donc pas exempts de défauts mais témoigne en permanence d’une volonté de se démarquer, très agréable à observer pour le spectateur qui ne souhaiterait pas lui en tenir rigueur. 

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